Parution Pocket en 2000
9782266105873
768 pages
10 €

William H. HINTON

Fanshen

Le fermier américain William Hinton, installé en Chine depuis mai 1945, suit, en ce document unique, un processus inéluctable : la chute d’une société trimillénaire qui charriait avec elle, par un système de prêts et d’usure, la misère et la famine ; l’occupation japonaise s’appuyant sur les possédants-collaborateurs ; la révolte des paysans. Inspirée, dirigée par le parti communiste, elle a permis à Mao avec ses soldats de l’an II en cotonnade de l’emporter sur les armées du Kuomintang équipées par la toute-puissance des États-Unis.

Ce livre, vraie chronique du Moyen Âge, d’abord terrorise. C’est, en effet, succédant à des siècles d’oppression, de guerre et de massacres, la révolte épique des gueux. Et c’est la terreur : faire rendre gorge à la minorité des propriétaires. On ira fouiller leurs tombes jusqu’à la troisième génération. Violence que Mao juge nécessaire ; car, seule, elle permet au peuple esclave de se sentir souverain.

Mais la révolution doit savoir se dépasser et éviter tout aventurisme. À la faveur de ces “grilles” publiques que sont les soviets répétés du village, les autorités procèdent à la critique du “petit bourgeoisisme” des pauvres, du gauchisme de ces intellectuels qui ne savent pas penser avec leurs mains. Le réalisme appelle une politique de développement et la restitution aux meilleurs – d’où qu’ils soient – des moyens de production. La Chine doit vivre et elle ne peut être, après confession publique des nantis, que la Chine de tous.

Hinton, envoyé par l’université de Pékin en ce village de la Longue Courbe, se révèle un observateur irremplaçable. Son œil informé et aigu nous fait vivre cette marée révolutionnaire, aux flux et aux reflux imprévisibles. Le lecteur suit pas à pas, dans leur ombre, les acteurs de ces bouleversements prodigieux. Il est admis aux décisions du village et vit les crises morales du Parti.

La Révolution chinoise, une révolution de paysans, l’un des plus grands événements de l’histoire.

Terre humaine